Juçaral est un village au passé moins jeune qu’on pourrait le penser. Témoin le premier Registre Civil, ouvert dès 1892 ! A l’origine, Juçaral était un ”engenho" [1] dont le dernier propriétaire se nommait senhor Juan. Lors du coup d’état militaire de 1964 qui permit à l’armée de prendre le pouvoir au niveau national, la région de Juçaral fut le siège d’une contestation paysanne très vivace (et violente).
(1) grand domaine possédé par un propriétaire terrien
1966 Le Père Charles de Béco (Padre Carlos), âgé alors d’un peu plus de 55 ans, arrive dans l’engenho Pedra. Pourquoi est-il arrivé dans ce village ? Le prêtre Belge était persuadé que, pour agir avec le peuple, il fallait vivre à ses côtés. En 1969, la paroisse de Juçaral est confiée à Padre Carlos qui s’y installe définitivement.
1973
Sous la pression, et pour ”avoir la paix”, l’état du Pernambouc a acheté 220 ha de terre (désapropriation - à l’exception du centre du village qui appartient au domaine privé). Chaque habitant reçut à l’époque un lopin de terre pour y construire une maison ainsi qu’un petit terrain pour y faire des cultures. La gestion de l’ensemble de ces terrains fut confiée à une association d’habitants (morador) : ce principe est toujours en place. Il semblerait qu’à cette époque le village comptait environ 800 habitants dont la majorité était en fait des ouvriers agricoles au service des grands propriétaires.
C’est à cette date que trois ”filles de bonne volonté”(2), Colette, Josiane( [2]) et Marieta, s’installent à Juçaral suite à une conversation avec Dom Helder Camara, turbulent évêque (aux yeux de Rome) de Récife, qui leur aurait indiqué l’état de dénuement total de ce petit village.
Les premières actions menées par le tandem ”Colette - Padre Carlos” visent à sensibiliser les femmes à l’hygiène et l’alimentation des jeunes enfants. Cette action n’est pas bien acceptée par la population. Les partisans du PFL, parti néo-dictatorial très présent localement, se chargeant d’alimenter une opposition aux idées subversives de Colette.
Parallèlement, c’est à cette époque que Lénice, Damiaõ et Tony, des enfants de familles très démunies, sont confiés par leurs familles à Padre Carlos et Colette. Damiaõ et Tony seront officiellement adoptés par Colette.
(2) Par la suite, Josiane ira rejoindre Henry CATTA, frère de Colette qui fonda la communautée de Berdine.
1979
Padre Carlos met une ancienne étable à disposition pour créer une école maternelle : Juçaral ne disposait que d’une école primaire. À la même époque, Padre Carlos, avec quelques vaches, pouvait fournir du lait aux enfants : ceci constituait un complément tout à fait intéressant à la bouillie de manioc et banane. Les cas de malnutrition étaient fréquents il y a près de 30 ans. D’une dizaine au démarrage, ce fut vite une quarantaine d’enfants qui se mirent à fréquenter l’école maternelle.
1981 Minée par une contre-information menée par les partisans du PFL qui affirmaient, entre autres maux, que le lait donnait la diarrhée, la communauté met fin à sa modeste production laitière. Les vaches auront leur revanche : c’est à cette époque qu’est construite l’école destinée à accueillir les enfants agés de 3 à 7 ans. Ensuite à 7 ans ils rejoindront l’école municipale. Chaque salle de classe portera le nom... d’une vache !
